Construire et laisser chuter

Je travaille avec les réminiscences d’une enfance qui n’est pas fantasmée.
Les formes sont régressives, les couleurs acidulées, et les matériaux
utilisés, tels que les confettis, les paillettes ou encore les bonbons évoquent
des moments festifs. Pourtant les sculptures que je crée ont une dimension pathétique; au lieu de s’ériger, elles se tiennent mollement, prêtes à s’affaisser ou à se déliter. Elles n’ont pas vocation à être pérennes; elles se brisent ou choient sous leur propre poids. Je cherche à contrarier des matériaux qui ne se laissent pas faire; à l’image du bâtisseur de châteaux de sable qui se bat contre les flots inéluctables qui viendront détruire son ouvrage.


Les matériaux que j’utilise sont fragiles, volatiles, mous. Parfois il s’agit
de rebuts industriels ou domestiques. Ce vocabulaire de formes et d’objets
s’enrichit au fur et à mesure de mes expérimentations. Les assemblages que je crée reposent sur des tensions matérielles ou sémantiques; les univers qui se rencontrent dans mon travail ne sont pas nécessairement antagonistes mais leur mise en relation peut questionner; ils cohabitent dans mes sculptures afin de provoquer une sensation latente d’étrangeté.

Des dessins viennent compléter mes travaux en volume; sculptures spéculatives ou projections de volumes impossibles, ils témoignent d’un processus de travail reposant sur la spontanéité. Mon travail s’apparente au jeu, aussi bien qu’à la rêverie éveillée. L’ironie, la tristesse, parfois la fascination très primaire pour un matériau ou encore la joie de faire, sont les états d’esprit qui traversent mes travaux. Les éléments que j’utilise sont issus du monde qui m’entoure; je les réinterprète avec des gestes simples. Mes sculptures sont des fictions non-narratives, nourries par les romans de K.Dick, Barjavel ou encore Ballard digérés par de la pâte à modeler multicolore et des confettis.