Le cours des choses

Amatrice de rencontres improbables entre les choses, attentive au jeu des discordances, Alice Martin n’est pas une artiste inquiète. Tour à tour et tout à la fois, elle ramasse, rassemble, met ensemble, comble, construit, défait, érige, étire, suspend, autant de gestes qu’elle improvise pour chacune de ses sculptures. Et cela, en toute insouciance, sans a priori, sans même se préoccuper de ce qui se fait ou ne se fait pas ! Qu’importe le métier, le savoir faire, seul compte de transformer l’essai. Sa technique s’active dans l’assemblage, sa maitrise se négocie dans le bricolage, sa réflexion, son regard s’affirme dans la fabrique. Les textures, les matériaux sortent des placards de la maison, des magasins de décoration, des ateliers pour enfants, des poubelles de recyclage… Et ça tient ! C’est là, présent, très présent même, coloré, acidulé, tactile, peut-être un peu sucré aussi, ou un peu plus amer parfois, définitivement impur. Prises ensemble dans une ritournelle, les sculptures se répondent, se renvoient les unes les autres, on a presque envie de les permuter, de les déranger, de rêver un peu aussi. Ne se prenant pas trop au sérieux, malicieusement animé par les questions toutes contemporaines de la sculpture, souveraine, design et domestique à la fois, le travail d’Alice Martin laisse aussi s’échapper quelques notes de Surréalisme, un accent Pop (Claes Oldenburg), une touche de Nouveau Réalisme (Martial Raysse et son amour des Prisunics), ainsi que la petite harmonie silencieuse du Cours des choses.


Véronique Terrier Hermann, 2020