Eldorado (2021)

Crayon de couleur, craie sèche et craie grasse sur Canson. 80x180cm

L’ouroboros ou serpent qui se mord la queue est un motif que l’on retrouve dans toutes les civilisations et à toutes les époques. L’une de ses premières représentations connues remonte à l’Egypte antique, autour du XVI ème siècle avant notre ère. L’espace circulaire délimité par sa posture pourrait représenter le monde ordonné, opposé au Noun, l’océan primordial qui précède la vie et lui succède. L’ouroboros se retrouve dans les mythologies nordiques, védistes, nord-américaines, aztèques et asiatiques ou encore dans des traités d’alchimie occidentaux ; il symbolise le cycle, l’éternel retour. Ce motif mythique et mystique est ici parasité par une tige de bourrache, plante adventice aux vertus médicinales qui a envahi le jardin de mon atelier. Un élément quotidien vient rencontrer une image symbolique ; ces deux entités appartiennent à un champ de références variées que j’assemble et agence, afin de les décaler de leur domaine originel.

Le titre de l’oeuvre fait référence à une terre supposée regorger d’or, mythe inventé et relayé par les conquistadors espagnols, déterminés à parcourir le monde en quête de ce « paradis terrestre ». Le mot « eldorado » est aujourd’hui employé couramment, pour caractériser un lieu où il fait bon vivre. Ce terme associé à un serpent protecteur et à une fleur aux vertus thérapeutiques revêt un sens différent, transformant l’eldorado en paradis spirituel, et non matériel.

Mon travail de dessin est pensé comme un travail de sculpture. Je convoque la couleur, présente, omniprésente. Les formats sur lesquels j’interviens sont imposants, j’implique mon corps entier dans leur réalisation. Les images que je créée sont issues d’assemblages, de rebonds mentaux entre différents éléments, suivant le même processus que la construction de mes sculptures, composées d’éléments hétéroclites qui trouvent leur unité par navigations et connexions sensibles.

Alice Marie Martin, 2021